RFQ Enchantée

La RFQ enchantée

par Déborah AMSELLEM

La RFQ enchantée

 

Il était une fois un gentil trader au pays magique du trading électronique Fixed Income.

Cloitré dans le donjon de sa salle de marché, il animait des obligations sur les marchés organisés D2D (Dealer To Dealer) et sur les marchés de gré à gré D2C (Dealer To Customer), en fournissant, pour chacune d’entre elles, des prix et des quantités à l’achat et à la vente, processus appelé le « Market Making » ou la « Contribution ».

C’était un monde merveilleux où Banques, Asset managers, et sociétés de gestions se côtoyaient pour assurer la liquidité sur les marchés, mais surtout pour faire des profits.

RFQ Enchantée par Déborah

Mais ce trader préférait traiter sur les marchés D2C. En effet, il pouvait vraiment déployer ses talents de négociateur et appliquer des marges sur les prix qu’il diffusait à ses potentiels clients. Il en rêvait encore et encore : conclure des deals et recevoir son bonus ! Il pourrait alors s’offrir son château-fort super design ainsi que sa collection de chevaux derniers cris !

Pour comprendre le rêve de ce trader, revenons à l’origine de ce deal, et en particulier celui issu des marchés D2C, prenant Bloomberg pour exemple. En contribuant sur Bloomberg, cet intrépide trader de la banque PicsouBank rend visible à toute la place les prix pour lesquels il est prêt à acheter ou vendre une certaine quantité d’obligations. Mais la concurrence est rude avec les autres traders des autres banques, qui eux aussi contribuent sur le(s) même(s) marché(s) et le(s) même(s) instrument(s) !

RFQ Enchantée par Déborah Amsellem

Notre vaillant trader le sait : il faudra rester brave en toutes circonstances pour entreprendre la longue bataille de la RFQ, si spécifique aux marchés D2C !

Et pour cause, le Client va se servir de son interface Bloomberg pour envoyer des RFQ (Request For Quote) en Multidealer à plusieurs banques, c’est à dire des demandes de prix, pour une quantité donnée d’une obligation donnée, tels des pigeons voyageurs balancés dans les airs ! Ca sera donc au trader le plus rapide et qui proposera le prix le plus intéressant qu’un autre d’avoir le privilège de conclure la transaction : un deal !

C’est à ce moment là que le trader entrevoit une lueur d’espoir. Confortablement installé sur son desk et scrutant ses écrans, il reçoit cette fameuse RFQ du client Turlututu sous forme de pop-up en plein milieu de son écran, accompagnée d’une jolie mélodie de harpe ! C’est une apparition merveilleuse et enchanteresse, il croirait presque apparaitre un ange.

RFQ Enchantée par Déborah Amsellem

Etait-il en train de rêver ? Sera-t-il à la hauteur ? Jusqu’où pourra-t-il pousser la négociation avec le client sans que celui-ci abandonne ? Autant de questions qu’un chevalier trader se pose à chaque réception de RFQ.

Quoi qu’il arrive c’était à lui et lui seul d’affronter son destin, la RFQ qui lui a été routée portait sur un instrument bien spécifique, la spécialité de son desk, alors que les autres traders des autres desks du donjon de PicsouBank étaient spécialisés sur d’autres types d’obligations !

La pop-up ainsi affichée l’informe que le client Turlututu veux lui acheter une quantité de 100 000 obligations allemandes, quel prix le trader va-t-il lui proposer ? Notre trader doit rester calme et affronter cette négociation avec audace car la RFQ a une durée de vie très limitée (de 1 à 2 minutes en générale), et qu’il doit lui répondre un prix compétitif pour être l’élu parmi les autres banques. Même si l’OMS (Order Management System) du trader lui affiche cordialement un prix sur la RFQ, en fonction de ce que le trader contribue sur les marchés, ce n’est pas pour autant que le trader va presser le bouton SEND sur ce prix, il peut en effet modifier ce prix, le changer à la hausse comme à la baisse.

Selon ses humeurs, le trader pourrait également pousser le bouton IGNORE pour ne pas répondre à un client, mais sa marâtre, le chef de desk, finirait par lui tirer les oreilles s’il s’en rendait compte ! « On n’ignore pas un client mon petit ! ».

Encore pire, le trader pourrait même presser le bouton REJECT ! Mais alors là, il attirerait les foudres de la marâtre qui serait encore plus en colère ! Non, il vaut mieux rester bienséant et répondre manuellement à cette RFQ !

Toutefois l’AUTO REPLY est aussi possible; ce malin trader a paramétré son OMS : pour les bons clients : il autorise la machine à faire un SEND automatique de prix jusqu’à une certaine quantité quémandée !

L’occasion pour lui de répondre aux RFQ même pendant la chasse du déjeuner quand il n’est pas dans son donjon! Sur certains marchés, le trader a même la possibilité d’échanger dans un tchat avec son client : « Hé ! Bonjour, Monsieur du Client. Que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau ! … »

 

Le client est alors comblé comme un Roi, toutes les contreparties à qui il a envoyé la RFQ lui ont fait grâce d’une réponse.

Il voit alors sur son écran Bloomberg toutes les quotes (les prix) de chacune des contreparties et va enfin pouvoir faire son choix. Il semblerait que ce soit le jour de chance de notre trader, le Client estime que le prix de la banque PICSOUBANK est meilleur que celui des autres banques pour ces 100 000 obligations allemandes, il va alors cliquer sur le bouton ACCEPT sur Bloomberg et déclencher une avalanche de conséquences dans la business chain !

Victoire pour le trader de PicsouBank ! L’acceptation par le client de son prix lui est confirmée par une trade pop-up que lui atteste le marché et qui s’affiche sur son écran ! Le deal est alors enregistré en base de données, redescend dans les applications de middle office et de back Office jusqu’au règlement-livraison : périple communément connu comme la fabuleuse épopée du STP (Straight Through Processing).

Le trader en est conscient, il a gagné une bataille mais pas la guerre, il y aura d’autres RFQ à répondre, des joies comme des peines, des clients plus coriaces que d’autres, ou des concurrents avec des prix plus agressifs que lui. Mais notre courageux trader saura garder la tête froide !

Le trader et son OMS vécurent heureux et eurent beaucoup de RFQ.

 

Déborah AMSELLEM

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