Bitcoin : emballement incontrôlé ou incontrôlable ?

La Tulipomania du 21ème siècle par Hamza BENNOUNA

Bitcoin : emballement incontrôlé ou incontrôlable ?

Le Bitcoin, cette crypto-monnaie encore inconnue du grand public il y a trois ans, bat les records de croissance pour le plus grand bonheur des investisseurs qui y ont cru au berceau. Mais qu’est-ce qui justifie cette croissance soudaine, cet emballement incontrôlé et incontrôlable ? Serions-nous face à la Tulipomania du 21ème siècle ?

Le 1er Décembre 2016 un Bitcoin valait 966,6 $, au 04 Décembre 2017 il vaut 11 559,0 $. Une croissance vertigineuse d’environ +1095% en une année ! Cependant, rien d’autre que la spéculation, pure et hasardeuse, ne justifie une telle croissance. Et il ne faut fatalement pas être un expert pour présager l’éclatement prochain d’une bulle. D’ailleurs, plusieurs banques centrales s’interrogent sur la nécessité d’intervenir et réguler, tout en mettant en garde les investisseurs.

Cette situation rappelle, à bon nombre d’experts, la première crise spéculative de l’histoire et de loin la plus impressionnante : La Tulipomania (1637). En effet, le prix d’un bulbe de tulipe en 1635 était de 2500 florins, l’équivalent de 25 000 € aujourd’hui, et en 1637, il valait 15 fois le salaire annuel d’un artisan, de quoi nous donner le vertige.

La Tulipomania du 21eme Sciècle

Certes, il est vrai qu’aujourd’hui le Bitcoin vaut environ 11 559 $, qu’il s’apprête à frôler le SMIC annuel américain (14 000 $), et que malgré cela on reste loin de la frénésie de la « Tulipe », mais il faut remettre les choses dans leur contexte. Les spéculateurs Hollandais au 17ème siècle ne savaient pas ce qu’est une crise financière et ils commençaient à peine à utiliser les produits dérivés à terme, alors que nous sommes actuellement au 21ème siècle et en termes d’historique de crises financières, nous sommes indéniablement bien servis.

 

               Le gouverneur de la Banque de France, M. François Villeroy de Galhau, a alerté la semaine dernière à Pékin sur le caractère spéculatif du Bitcoin, en précisant qu’« il n’est en rien une monnaie, ou même une crypto-monnaie ». Une idée que partage avec lui le prix Nobel d’économie, le français Jean Tirole, qui considère le Bitcoin comme un actif sans valeur intrinsèque.

 

               Après les déclarations de M. François Villeroy de Galhau, tout un chacun peut se poser, légitimement, la question de savoir ce qu’est une « monnaie » par définition.

Une monnaie est un instrument de paiement légal, utilisé dans un lieu spécifique et une époque donnée. Elle est censée remplir trois fonctions essentielles :

 

  • Etre une unité de compte (Servir pour la comptabilité et pour les projections économiques)
  • Constituer une réserve de valeur (Capacité de transférer le pouvoir d’achat dans le temps)
  • Etre l’intermédiaire dans les échanges

 

Analysons cette définition et voyons si le Bitcoin répond à tous les critères.

 

Nul ne peut nier que le Bitcoin est maintenant utilisé dans un certain nombre de commerces, et souvent, les gérants de ces commerces sont des passionnés de ces nouvelles monnaies virtuelles. En France, les grands groupes ne se sentent pas d’humeur aventureuse vis-à-vis de cette crypto-monnaie. Par contre le site ShowroomPrivé.com a sauté le pas, et constate que le nombre de transactions effectuées en Bitcoin était négligeable. Ceci dit, en termes de réserve de valeur dans le temps, il est trop tôt pour se prononcer, le Bitcoin existe depuis moins de 10 ans, mais une chute brutale de son cours pourrait confirmer que c’en est pas une.     Quant à l’utilisation du Bitcoin dans la comptabilité, il est clair que c’est loin d’être le cas. Et pour que ce soit possible, il faudrait que chaque pays abandonne sa monnaie au profit du Bitcoin, cette crypto-monnaie dont on ignore même l’identité de son créateur. Vous l’avez sans doute compris, ce dernier point est inimaginable et irréaliste.

 

Le Bitcoin ne vérifie pas les critères d’une monnaie annoncés précédemment, et par conséquent, nous serions tentés de dire que ce n’en est pas une. C’est vrai, le Bitcoin n’est pas une monnaie, au sens classique. Il serait peut être judicieux de préciser que la définition énoncée ci-dessus nous vient d’Aristote (384322 av. JC) et commencer à envisager l’idée qu’il faudrait bien la faire évoluer. D’ailleurs la crypto-monnaie a été pensée de façon telle qu’on sorte de la définition classique de la monnaie.

 

Certaines institutions financières ont compris rapidement que le monde change à grande vitesse et qu’il faut suivre la cadence. Goldman Sachs envisage l’ouverture d’un desk de trading de Bitcoin à Wall Street, avec une équipe de traders dédiée à la crypto-monnaie, des « crypto-traders » ? Man Group, le mastodonte de la gestion de fonds britannique, a annoncé qu’il va intégrer le Bitcoin à sa stratégie de gestion, « si le CME lance ses options sur le Bitcoin » par l’intermédiaire de son PDG lors du sommet mondial de l’investissement à Londres. La réponse du CME (Chicago Mercantile Exchange) ne se fait pas attendre. Son PDG, Terry Duffy, confirme que les contrats portant sur le Bitcoin seront lancés la deuxième semaine de décembre, avec un système de coupe-circuits en cas de forte volatilité, avec des paliers à 7%, 13% et 20% comme pour le S&P 500

 

Pendant que le Bitcoin déchaîne les passions, plusieurs institutions financières et banques centrales restent sceptiques quand à l’avenir de cette monnaie, et s’interrogent même sur la nécessité d’intervenir pour la réguler. Mais la réalité est là, le Bitcoin est devenu aussi liquide que le titre Apple.

 

 Au milieu de cette cohue générale, le Bitcoin continue de grimper, ne se souciant guère des experts qui sont pour et ceux qui sont contre, ceux qui voient en lui un actif solide, et ceux qui le considèrent comme un fantasme éphémère. Et si la bulle éclatait ?

 

Hamza BENNOUNA

 

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